30 août 2013

Pourquoi les panneaux d'affichage des trains à l'arrivée sont-ils si minuscules ?


    Jeudi, 15h21, gare Montparnasse. Même si ce n’est pas pour demain, je me dis qu’il faut que je m’entraîne à écrire dans l’optique de mon futur périple. Ecrire sur le vif, dans l’instant, parce que la vision, le souvenir, les sensations ressenties sont éphémères. L’exercice est difficile.
    Je ne me rappelle plus quelle auteure (Amélie Nothomb ?) disait sur France-Inter ce matin qu’elle s’obligeait, hiver comme été, à écrire chaque jour de 15h00 à 17h00, pour favoriser l’écriture. Sûrement a-t-elle raison ? Parce que là, sous cette voûte, malgré les bruits, les voix, les passages et toute l’activité d’une des plus grandes gares de France, je ne suis pas en verve. Je n’ai jamais apprécié les gares. Synonymes d’arrivée. De départ surtout. Sinon pourquoi les panneaux d’affichage des départs seraient-ils toujours plus grands que les panneaux d’affichage des trains à l’arrivée qu’il faut toujours aller lire sur de minuscules écrans de télévision bicolore que l’on peine à trouver* ? A priori, il y a bien autant de départs que d’arrivées. Pourquoi alors privilégier le départ, synonyme de rupture, à l’arrivée, symbole de rencontres ?
    Peut-être est-ce cette notion de départ qui m’a marqué, parce qu’étudiant, j’y ai souvent accompagné un amour qui rentrait au foyer familial pour le week-end, alors que moi je restais dans une ville avec laquelle je n’ai jamais fait vraiment corps ... Il me semble aussi que je ne suis pas homme de foule, mais plutôt celui des petits comités, des têtes à têtes, voir des têtes à rien. Et puis, depuis que je me suis mis dans la tête de voyager à pied, les gares ... et bien, les gares, je n’y passerai sûrement jamais.
    Le train en provenance d’Hendaye via Saint-Jean de Luz Ciboure, Biarritz, Bayonne, Dax et Bordeaux arrivera à 15h42 voie 9. Tiens, Biarritz. Je souris. Peut-être est-ce dans une de ces voitures que je monterai un jour pour te rejoindre ?

    Un pigeon termine son vol plané aux pieds d’une dame qui porte un sac estampillé Trégastel. Signe du destin que cette association de Biarritz et Trégastel, deux stations balnéaires qui sont sur le chemin que j’ai tracé le long des côtes d’Europe dans l’optique d’un futur reportage ? Trois agents de la sûreté ferroviaire patrouillent lentement tandis que j’ai hérité d’un jeune voisin de banc, casque Philips sur les oreilles, plongé dans un manga. En face, une adolescente tapote des deux mains sur un I-Phone noir. Départ précipité de mon bouquineur de manga pour la voie 23. J’hérite d’une Indienne en sari blanc dont le premier réflexe est de tapoter à son tour sur son téléphone mobile noir laqué. Une nymphe blanche, tirant avec légèreté une volumineuse valise noire surmontée d’un pochon en papier kraft, traverse les rangées des bancs pour s’engouffrer au comptoir des informations SNCF. C’est fou comme certaines personnes diffusent une grâce communicative ! Combien d’hommes rêvent à cet instant d’être la valise noire ?

    Mon indienne s’est déjà évaporée, une svelte femme mariée occupe maintenant la place à ma droite. Elle a immédiatement sorti un livre de son large sac en cuir brun rosé et l’a ouvert à l’emplacement d’un marque-page : "Troisième partie, le paradis des écrivains". Autre clin d’œil du destin alors que je réfléchis à comment raconter ce qui défile devant mes yeux ?
    Hormis l’adolescente fascinée par son I-Phone, les autres personnes assises sont toutes à lire. Ouf, le livre traditionnel n’est pas encore mort !
    Voie 6, un photographe prend une position tarabiscotée pour tenter le cliché d’un TGV. Trois gamines passent en courant dans un bruit de tongs en bois qui clapotent sèchement sur le béton du quai. Une demi douzaine d’agents SNCF poussent des fauteuils roulants. L’arrivée du train approche et plusieurs personnes s’agglutinent au début du quai. Il y a trop de jolies filles dans une gare ! Peut-être les femmes pensent-elles la même chose de la gent masculine ?
Un chauffeur fait les cent pas, l’oreille gauche collée à son mobile, en serpentant au milieu de tous ceux qui attendent à la voie 6. A la main, il tient une feuille A4 sur laquelle une personne appliquée a tracé d’un large feutre noir en lettres capitales le nom LEROY. Sur les écrans géants, le dernier album de Stromae, √, s’affiche.

    A exactement 15h42, le train en provenance d’Hendaye déverse son flot de passagers à la voie 9. Peut-être viendras-tu m’attendre sur le quai ?

* sauf à la gare d'Austerlitz où dès l'entrée panneaux des arrivées et des départs accueillent les visiteurs dans un format identique et clairement lisible :









21 août 2013

35,3 + 32 = ½ de M

    Pour l’objectif des 100 kilomètres de Millau, je me suis fixé deux sorties d’entraînement visant à valider, ou non, mon engagement. Deux paliers en forme de sortie longue où l’organisme est mis en charge de très longues heures. La première de ces sorties était ce matin, avec un entraînement combiné course à pied/VTT réparti en cinq tronçons. En un, 16,3 km de course à pied, à jeun. En deux, après une rasade d’eau sucrée et une tranche de pain d’épices, 16,6 km de VTT. En trois après la même collation que 50 minutes plus tôt, 14 km de randonnée sportive en sous-bois avec 125 m D+, incluant un micro ravitaillement aux 5e et 10e km avec rasade d’eau sucrée mentholée et tranche de pain d’épices. En quatre, après une gorgée d’eau et une pâte de fruits, une nouvelle sortie VTT de 16,3 km. Puis pour conclure, cinq kilomètres de course à pied, avec soleil au zénith, sur une base un peu plus soutenue, à savoir trois secondes plus rapidement que ma cadence sur marathon.

   Le bilan ? Aussi important que cet effort qui s’est déroulé sur plus de six heures (6h05’40 exactement, auxquelles il faut rajouter le temps nécessaire au changement d’équipement et de cuissard). N’ayant pas forcé durant toute la sortie, je me sentais capable d’enchaîner de nouveaux kilomètres en course à pied. De très bon augure à J-38.
    Question alimentation, s’il est conseillé de boire environ un litre à l’heure, j’en suis pour ma part à peine à 75 cl en plus de six heures. Sans que cela soit un handicap (?), ni que j’ai besoin de me précipiter comme un malade sur une bouteille une fois la sortie achevée. Puisque je m’entraîne de la sorte depuis un bon de bout de temps, je m’oriente donc pour Millau vers une alimentation uniquement composée d’eau sucrée (en plus grande quantité que ce matin, évidemment), de pâtes de fruits et de pain d’épices. Cela semble me réussir, je ne vais donc pas changer.

   Il me semble aussi que la possibilité offerte par l’organisation de pouvoir disposer d’un sac au terme du marathon et au 70e km est plus qu’utile. Pour changer de maillot aux 42e et 70e km, et très certainement de chaussures au 70e km.

    Au terme de cette sortie longue très longuement longue, je suis de plus en plus dubitatif sur les plans d’entraînement qui ne prévoient pas de sorties de plus de 3 ou 4 heures. Comment se connaître, se jauger, gérer les questions alimentaires et anticiper les soucis vestimentaires sans rester un grand nombre d’heures sur le bitume ?
    Par contre, si la météo fin septembre dans l'Aveyron est du même acabit que celle qui rayonnait à midi sur le Soissonnais en cette fin août (26°), je sens que je vais être assez mal ...




30 juillet 2013

Millau : J-60


    La santé me dit non, le mental me dit oui. Aussi après une longue interruption de plus de cinq semaines, j'ai rechaussé mes baskets et repris un entraînement entièrement recomposé. Tout seul, dans mon coin, parce que je ne suis pas sûr que la santé le permette, j'aligne à raison de quatre fois par semaine des sorties longues en endurance fondamentale et des sorties presque aussi longues mais sur un parcours qui s'apparente un peu à celui qui m'attend dans soixante jours du côté de Millau.

    A cette heure, la distance me fait peur, m'impressionne et même au terme d'une sortie de 23 km avec 417 m de dénivelé positif accomplie ce matin –soit près de la moitié du dénivelé qui m'attend fin septembre dans l'Aveyron– j'ai du mal à m'imaginer sur une distance de 100 kilomètres. Un marathon, c'est humain en comparaison. Je me dis qu'après tout, ce n'est que deux fois un semi ! Pas franchement le bout du monde. Mais là, 100 km, c'est tout de même 2,37 marathons. Et qui termine un marathon frais comme un gardon ? ... Alors 2,37 marathons, c'est plus qu'intimidant. En tout cas, cela m'intimide fort.

    Je lis la prose des précédents coureurs qui se sont élancés dans l'aventure. Ils ne sont pas si nombreux que cela ! Nous étions plus de 40.000 au départ du marathon de Paris en avril dernier. Nous ne serons, si j'en suis effectivement, que 1200 au départ de Millau le 29 septembre 2013 à 10h00. Une petite bande de copains en comparaison du MDP !

    Plus je lis de récits, qu'ils soient de champions qui bouclent la distance en à peine plus de sept heures ou qu'ils soient de galériens qui cheminent près de vingt heures durant, et plus je me fais humble et petit poucet. Cent kilomètres. C'est que le chiffre donne une dimension à la distance ! Aussi comme cela m'impressionne fort, j'essaye de préparer mon sujet au plus près possible, histoire de mieux savoir où il me faudra être encore plus modeste, plus attentif. Et là, surprise, je n'ai trouvé nulle part de parcours bien détaillé, avec une cartographie comme on trouve pour les parcours de marathons. C'est peut-être idiot, mais savoir par où je vais précisément passer, ça m'aide, ça me rassure un peu. Et puis cela me permet de bien pouvoir me chronométrer, rester sur le tempo que je me suis fixé. Il sera toujours temps si j'ai été trop prudent de retenter l'histoire une autre année !

    Ne trouvant donc pas mon bonheur sur le web, j'ai décidé de tracer mes propres cartes. Et comme je ne suis pas égoïste, je les mets à disposition de qui n'en veut :-)


    D'abord une vue générale du parcours. Merci à Michelin et son www.viamichelin.fr qui m'a permis de tracer ce plan d'ensemble. J'ai pensé que cette carte serait, pour les amis qui ont choisi de venir m'encourager, plus parlante que la minuscule carte au format GIF que l'on trouve sur le site Sportnat.com (au demeurant, site excellent qui regorge de cent informations pour celui qui souhaite tenter l'aventure de Millau !).

    Pour télécharger cette carte au format 31x31 cm, soit 883x883 pixels, c'est ici.





    Comme pour courir, la carte précédente manque de précisions, voici maintenant une vue détaillée du parcours. Encore merci au site www.viamichelin.fr pour la cartographie ! Et pour télécharger cette carte au format 95x95cm, soit 2687x2687 pixels (3,46 Mo), c'est ici.




    Enfin, pour ceux qui comme moi ont envie (ou besoin) de savoir où se situent chacun des cent kilomètres du parcours, j'ai une autre carte en réalisation. Pour dans très bientôt ! :-)

27 juin 2013

Compte à rebours anxieux

    Sensation bizarre que de voir le compteur du temps qui s'égrène. Aujourd'hui, je suis à J-93 de l’épreuve de Millau. Il me semble que c'était hier que j'écrivais à certains amis que mon état n'était pas catastrophique à plus de cent jours de ces 100 km que j'ai inscrits comme un but, je ne sais plus très bien pourquoi.

    Je fais du sur place, je n'arrive plus à courir, ni à randonner. Ce matin, je n'arrivais même plus à tenir debout en patientant pour ma prise de sang. Ressentiment bizarre que d'avoir l'esprit et les yeux fixés sur cette date, de voir les entraînements programmés et non effectués s'estomper comme la brume au petit matin efface un paysage, de sentir son corps à contre-courant de cette décision, un peu comme s'il me disait : « Mais moi, on ne m’a pas demandé mon avis pour aller m’user sur ces 100 km ! ».

    Alors j’essaye de me persuader, de toujours y croire, de me dire que malgré un organisme qui refuse et une santé qui empêche, c’est toujours faisable. Comme pour le marathon, je me force à croire que les médecins ont tort. Je me rassure en me disant que si les entraîneurs spécialisés proposent des entraînements sur 9 ou 12 semaines, soit 63 à 84 jours, je suis toujours dans les clous, qu’il me reste encore quelques jours pour parvenir à contraindre mon physique à aller où je veux et non le suivre sur ces voies du renoncement. J’avoue cependant que parfois le doute m’envahit.

19 juin 2013

Entre deux vertes, une mûre

    Voilà un an maintenant, le 19 juin 2012, je partais pour mes premiers kilomètres de marche, dans le but de tester tout ce dont je pourrai avoir besoin lors de mon futur périple de 8000 km. Cent quarante sept sorties plus tard et après 2120 km parcourus, ce qui n’était qu’un projet a réellement pris forme. Depuis cette date, le dossier a bien avancé, hormis deux éléments : mon apprentissage du russe est plutôt en berne et je n’ai aucune certitude d’obtenir les visas nécessaires pour traverser le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Ceci pourrait, à cette heure, être une réelle catastrophe. C’était sans compter sur une santé qu’un enthousiasme débordant n’a pas su rectifier : il est illusoire aujourd’hui de penser me lancer dans ce défi le 1er janvier 2014 puisque les traitements dont j’ai besoin me clouent sur place pour deux bonnes années. Deux années que je dois mettre à profit pour vraiment être capable de me débrouiller en langue russe et surtout trouver le moyen d’obtenir les visas que je souhaite.
    Cette année est passée si vite que j’ai l’impression que c’était hier. Et pourtant ! Les 260 pages de notes que j’ai tenues sont le témoin de la transformation d’une idée en réalité palpable, de la naissance de plans B et même C ou D, que l’exaltation initiale n’a jamais faibli, même si, comme depuis deux semaines, je ne peux plus marcher ou courir parce que mon état de fatigue est trop important. Comme l'a écrit Jean-Antoine de Baïf au XVIe siècle : "Entre deux vertes, une mûre". Je reste donc convaincu de parvenir à mes fins.
    Evidemment, si tout allait bien, ce serait mieux. Mais je crois qu’il n’y aurait aussi plus rien à raconter. Ni bien sûr la satisfaction d'avoir franchi l'obstacle. ;-)

14 juin 2013

Noir et blanc à Canterbury

Deux heures et dix minutes, c’est le temps que j’ai pu passer le 6 juin dans les rues de Canterbury. Avec mon appareil photo. :-)
Certes, je n’y étais pas pour mon unique plaisir, mais dans le cadre d’un voyage scolaire pour lequel je faisais un reportage photographique. Bon, j’avoue, avec un appareil photo en main, tout devient plaisir chez moi.

J’ai tenté quelques clichés dans l’optique de mon futur périple vers Samarkand. C’est-à-dire résolument tourné vers les gens, ceux que je croise, ceux qui déambulent, ceux qui travaillent, bref ceux qui vivent. De ces deux heures et quelques, j’ai retenu quelques portraits. En noir et blanc.

Pourquoi en noir et blanc alors que la vie est en couleurs me rétorquera la majorité ? Parce que ! Parce que cadrer puis déclencher, c’est d’abord éliminer. Eliminer tout ce qui n’apparaît pas dans la photo. Le seul fait de réaliser une prise de vue est d’abord un tri visuel. Donc un parti pris. Je choisis d’y rajouter le parti pris du noir et blanc. Parce que j’aime bien le travail en noir et blanc de Josef Koudelka sur les Tsiganes ou celui d’Hermance Triay sur les habitants d’Ouessant. Parce que mon futur travail sur ceux qui vivent de la terre, je le rêve en noir et blanc. Enfin, à partir du noir et blanc, chacun peut rêver les couleurs qu’il veut. Et j’aime bien cette notion de lecture visuelle personnelle.









9 juin 2013

Borne 62

Jeudi 6 juin. Promenade en ville. Le long d'une avenue fort fréquentée par les voitures où j'ai pourtant cheminé une dizaine de fois en autant d'années, je découvre une borne. Aucune indication "parlante" que ce nombre 62 gravé sur une des faces. Une borne quasi invisible et qui est inclinée probablement parce qu'elle se situe le long d'un grillage qui délimite un emplacement où les autos sont garées en épi, et qu'en reculant, les conducteurs doivent légèrement s'appuyer contre.
Il s'agit d'une borne militaire, dont, semble t'il, on ne sait dire rien d'autre que "c'est un repère militaire". Si jamais un lecteur de passage en savait plus, je suis preneur de l'information :-)



14 mai 2013

Cent-bornard : J-137


Aujourd’hui, mardi 14 mai, j’ai déjà l’œil fixé sur un horizon à 137 jours : les 100 kilomètres de Millau fin septembre 2013. Une épreuve qui me fascine depuis que je suis étudiant, tout comme me fascinaient les 24 Heures du Mans, le rallye Monte-Carlo et le Paris-Brest-Paris à vélo. J’ai foiré l’occasion de participer à la première en 1992, mais pu participer (et terminer) les deux derniers, respectivement en 1984 et 1979. Ne me reste donc plus qu’à épingler au rayon des rêves accomplis, cette épreuve de Millau. De surcroît, l’évolution de ma santé impose de ne plus retarder l’échéance. Ce sera donc cette année et j’ai déjà réservé mon hôtel sur place depuis un bon mois.
Sauf que courir 100 km quand on n’a repris la course à pied que depuis exactement huit mois signifie un minimum d’engagement et de préparation. Le vainqueur 2005, Bruno Heubi, propose un plan d’entraînement en 9 semaines, mais dont les séances ne dépassent jamais 3h00 à l’allure 100 km. 
Peut-être parce que je vieillis, que la raison l’emporte maintenant sur la fougue, que je pars avec un handicap de santé, et que j’ai couru mon premier marathon en 1984 avec énormément de sorties (très) longues (pour au final réaliser ce qui restera à jamais ma meilleure performance sur la distance, soit 2h37), toujours est-il que cette "limite" d’entraînement de 3h00 ne correspond pas à ma manière de préparer les grands défis. Aussi ai-je programmé 18 séances, à raison d’une par semaine, avec systématiquement un rythme d’endurance et du dénivelé qui ira sans cesse croissant car ce n’est pas la distance qui m’inquiète mais bien ce dénivelé qui avoisine les 1180 m D+. A cette heure, je pense que couvrir la distance en moins de 15 heures est envisageable. Si, bien sûr, mon état de santé reste en l’état.
Donc, première sortie ce matin pour 16,5 km et 259 m D+. J’habite une région qui ne présente jamais plus de 100 mètres de dénivelé consécutif. Gênant quand m’attendent près de 300 mètres de grimpette continue sur environ 10 km ! Tracer un parcours qui présente les mêmes similitudes que les montagnes aveyronnaises est donc assez problématique. Je dois faire avec. Cela ne serait pas drôle si c’était trop facile ! Pour l’épreuve de Millau, je me fixe un objectif de 7’/km en terrain plat et 8’/km en terrain montant, les descentes étant synonymes de récupération sur la base de l’avancée en terrain plat. Je dois donc m’entraîner sur ces bases pour mémoriser ces allures et habituer le corps à ce type d’effort particulier. Ce n’est pas rapide, mais primo, j’ai passé l’âge des exploits chronométrés ; deuzio, je veux participer en me faisant plaisir, ce qui exclut toute forme de souffrance ; tertio, même si je rêve de cette épreuve depuis 30 ans, elle n'est pas pour moi une fin en soi, mais une préparation pour mon futur périple où je devrai cheminer en deux jours seulement à travers 165 km de zones semi-désertiques.
Bilan de cette première sortie : parfait. Avec du vent, quelques rares rayons de soleil et quelques gouttes de pluie, les conditions étaient idéales pour un entraînement. Certes, je suis allé bien trop vite : j’ai progressé à 6’53/km en moyenne au lieu de 7’19/km. Je pense qu’au fil des semaines, je saurai mieux me caler. 




7 mai 2013

Le dossard 288 abdique


Ce samedi 5 mai, ce devait être le trail Yonne 2013, un 63 km avec 1300 D+ au départ de Sens. Une épreuve que j’ai choisie à l’automne précédent et à laquelle, je me faisais une joie de participer, ce type d’épreuve avec sac à dos étant plus dans l’esprit de la marche que j’envisage à travers quelques pays européens et asiatiques que la course à pied. 
Malheureusement, je ne suis pas passé sous l’arche de départ et je n’ai pas foulé les collines sénonaises. Une santé défaillante toute la semaine, avec beaucoup de chutes de tension, m'a poussé à renoncer. On ne va pas refaire la bêtise du MDP 2013, hein ? ;-)





A la place, j'ai tenté en matinée un micro trail, un parcours de 27 km avec 345m D+. Choix judicieux puisque j'ai senti que ça n'allait pas le faire dès le 10e km. J'ai alors choisi d’abréger le parcours, mais un violent malaise au 15e km (une chute de tension brutale ?) alors que j'étais en mode course sur un faux plat descendant m’a violemment fait chuter. Je m’en tire avec deux poignets bien écorchés, un genou gauche un peu en vrac et quelques ecchymoses diverses. La chute a été sûrement amplifiée par le sac à dos rempli façon trail et alourdi par le kilo de l'appareil photo. Ce qui me fait penser que l'appareil photo sur un trail, ce n'est peut-être pas la meilleure des idées ...
L’absence du dossard 288 à Sens était donc vraiment la bonne décision à prendre. Je retiens aussi que les sentiers du Soissonnais recouvert de pétales de fleurs ont belle allure.




6 mai 2013

La borne M


Lundi 22 avril. Montagne de Soissons, altitude 125 m, commune de Saconin-et-Breuil, dans l'Aisne. Au beau milieu d'un champ, loin de tout, référencée sur aucune carte, une borne. Inclinée à 13° sûrement par quelque manœuvre d'un engin agricole, d'une hauteur d'environ 80 cm, gravée d'un M.

Indication pour qui puisqu'il n'y a qu'un chemin qui sépare des champs ? Vigie pour quoi ? Que signifie cette lettre M ? A cette place depuis quand ? 

Peut-être que je ne trouverai jamais ces réponses. Mais cette borne me plaît. Elle me semble idéale pour illustrer mon blog. Ce jour-là, grâce à elle, j'ai décidé d'ouvrir ce blog.


Entraîné par la foule ... (Marathon de Paris 2013)


Instantanés durant mon marathon de Paris 2013.

Bientôt en ligne !
(Oui, plus de dix mois pour rédiger, ça fait un peu long ... mais à épreuve magique et défi osé, compte-rendu en rapport, soit déjà plus de 90.000 signes ou 16.000 mots :-) )

5 mai 2013

Marcher malgré tout

Dimanche 24 février, c'est reparti pour une marche. Dans la neige puisque les épisodes neigeux se succèdent depuis plusieurs semaines. En mode marche parce que depuis fin janvier, c'est la méforme totale. Les deux-tiers de mes entraînements course à pied ont été annulés pour fatigue excessive et mes longues sorties ont toutes été impossibles à réaliser. A 42 jours du marathon de Paris, enchaîner les kilomètres devient impératif. Je pars donc dans les collines environnantes. A défaut de courir, la marche en côtes développera les muscles des cuisses et renforcera le cœur.


4 mai 2013

J’ai tenté l’endurance fondamentale


Dimanche 27 janvier, 09h15. C’est parti. Rien ne va (grosse fatigue, pas envie, soucis gastriques) mais c’est parti quand même pour de l’endurance fondamentale. Je me suis fixé de courir sur une base de 6’40 au km durant 24 km, séance qui est à mon programme à 70 jours du marathon de Paris. Pas franchement de l’endurance fondamentale puisque, pratiquement, c’est mon allure marathon …
Quelques gouttes de pluie. Ah, si j’avais su, je ne serai pas parti.
Coup d’œil au chrono au terme du premier kilomètre. Je ralentis un peu pour être dans les clous : 6’39.5

Il pleut de plus en plus. J’ai les jambes lourdes. Est-ce dû à la fatigue qui me mine depuis deux jours ? Je commence déjà à envisager faire demi-tour. Mais bon, au moins atteindre le point kilométrique n°2.
Parce qu’à nouveau je ralentis dans les 25 derniers mètres : 6’38.7

Une longue ligne droite, du vent de face qui donne une certaine violence aux gouttes de pluie. Et s’il fait le même temps lors du marathon de Paris ? Allez, on ne va pas abdiquer comme ça ! Si je ne m’entraîne pas dans les conditions difficiles, cela ne sera jamais facile.
Troisième kilomètre en 6’39.6. Presque parfait. Je commence à m’échauffer, ça me redonne un peu le moral.

Quatrième kilomètre ardu : il pleut de plus en plus fort, je n’ai pas l’équipement adéquat et surtout je suis couvert façon hivernale et la température est bien remontée. J’ai donc trop chaud. La route est inondée, je dois slalomer pour éviter les flaques. Et les autos. Je croise à nouveau mon marcheur habituel. Je reste ébahi par sa vitesse. Je n’arrive cependant pas à trouver la marche athlétique gracieuse.
Point 4 en 6’38.3. Cette fois je n’ai pas eu à ralentir, j’ai trouvé le bon tempo.

Nouvelle longue ligne droite. Un abruti en Fiat Punto rouge qui dépasse les deux autos qui me croisent et qui ont pourtant mis leur clignotant pour indiquer qu’elles s’écartent pour m’éviter. Court instant de vigilance : je m’attends à ce que la Punto termine au fossé car les deux autres autos gardent leurs trajectoires. Coup de klaxon appuyé. Ouf ! C’est passé. Mais franchement sur une telle départementale, est-il besoin de doubler ?
La pluie bien de face. La vision devient mauvaise du fait des lunettes. Voilà plus d’un kilomètre que j’avance en regardant mes pieds. Pas très enchanteur !
Deux cent mètres de montée. Tenter de garder le rythme. 6’39.5 au km. Parfait sauf que les jambes me semblent lourdes et que j’ai les pieds trempés.

La pluie pianote sur mon chronomètre et change les fonctions. Manquait plus que cela ! Bref arrêt, ôter les gants, réactiver les fonctions, renfiler les gants, repartir. J’allonge la foulée pour rattraper le temps perdu. Heureusement, c’est une longue portion en faux plat descendant. Avec le vent latéral arrière. Et une pluie de plus en plus intense.
6’32.3 au sixième kilomètre. Aïe ! Trop rapide. J’essaye de garder gravée en moi la phrase d’Alain Mimoun : « Savoir courir lentement pour pouvoir courir vite. »

Une silhouette dans la campagne en face de moi. C’est rassurant, il n’y a pas que moi et le marcheur athlétique pour braver ainsi les éléments. C’est bête, mais ça fait plaisir au moral que de croiser quelqu’un. Surtout que ce dimanche matin, les cyclistes ont déserté le goudron. Nous ne nous croiserons cependant pas : ma route bifurque à gauche.
Fin du 7ème km : 6’18.0. Ouhlà ! Pas bon du tout ça. Le rythme est beaucoup trop élevé. La faute au vent et le faux-plat descendant ?

Je décide donc de ralentir. Sauf que le joggeur a bifurqué comme moi et il me suit à trente mètres. Regain d’orgueil –ou simple bêtise ?–, je garde le même tempo pour ne pas être rattrapé dans la courte montée qui s’annonce.
Sommet de la côte, j’ai doublé mon avance sur mon suiveur. Bifurcation à droite. Mimoun se rappelle à moi : « Lentement ! ». Je ralentis. Une minute plus tard, j’entends des pas dans mon dos. Le joggeur m’a recollé à la faveur de la descente. Bon, je m’en moque, j’ai décidé de rentrer et de ne pas aller au terme des 24 km : je suis trempé, les embarras gastriques rappellent leur existence et surtout la méforme du départ dont le docteur me dit de me méfier. Je sortirai demain si santé et météo le permettent.
– Bonjour ! 
Bonjour ! Mon suiveur me dépasse. C’est une suiveuse.
Drôles de conditions pour une sortie !
Oui, je me suis trop couverte !
Fin de la discussion, elle est cinq mètres devant moi. Pour une fois, le dicton de Mimoun est plus fort que l’orgueil. Enfin, pas complètement : 6’23.6 au 8e km. Ce n’est plus du tout de l’endurance fondamentale. Déjà qu’en 6’40, cela n’était pas franchement le cas …

Obliquer à droite pour rentrer ou poursuivre le tracé prévu ? Je suis maintenant bien chaud, mais totalement trempé. Courte hésitation. La raison l’emporte : l’état global ne joue pas en faveur d’un 24 km.
Dernier kilomètre en 6’35.7

Neuf kilomètres en 59’07. Ça donne 6’33 au km. Exercice un peu raté, même si cela ne représente que 53 secondes d’avance sur le temps idéal, ce sont 53 secondes de trop. Je retenterai demain. Si forme et conditions climatiques sont en ma faveur.

Objectif trail

Lundi 21 janvier 2013, c'est parti pour un entraînement trail !

Dans les objectifs que je me suis fixés à l'automne 2012 lorsque j'ai repris la course à pied, et dans l'optique des 100 km de Millau fin septembre, j'ai posé un trail de 63 km dans l'Yonne début mai. Sauf que des courses en nature, je n'en ai plus fait depuis 1987, à l'époque du Challenger's Trophy. Il est en temps de m'y préparer, courir avec un sac à dos est un autre exercice et tout est à tester : les chaussures, choisies spécifiquement pour ce type de randonnée, le sac à dos et son chargement (je veux emporter un appareil photo). Je commence donc ce lundi par un 17 km avec un mix sentiers/goudron et quelques collines. Les conditions ne sont pas idéales puisque la neige s'est invitée.
Bilan de la sortie : j'avance trop vite (impossible de tenir ce rythme sur 63 km), je dois mieux emballer ce que je transporte (les sucres et gâteux jouent les castagnettes dans leurs boîtes et c'est vite insupportable), et l'utilisation d'un appareil photo n'est sûrement pas compatible avec les barrières horaires imposées sur ce type d'épreuve.



3 mai 2013

J'ai couru les dix kilomètres de Paris 14e.


Je rejoins Paris en tout début d'après-midi le samedi 19 janvier. La traversée en TER de la Picardie recouverte de blanc distille des odeurs de voyage dépaysant.
Place Denfert-Rochereau immaculée de blanc. Bruits feutrés. Direction rue Mouton-Duvernet, les passants avancent précautionneusement. Le retrait des dossards se fait au ... tribunal d’instance. Plafonds démesurément hauts et silence de circonstance malgré une trentaine de sportifs. Un vieux tableau d’écolier en travers du hall d’entrée. Deux mille quarante huit noms imprimés alphabétiquement sur des feuilles A4. Feuille 1, dossard 1669, c’est moi. Un bénévole échange mon autorisation médicale contre un dossard et une puce électronique siglée au logo de l’épreuve. Original souvenir !
La ligne de départ est recouverte de neige plus ou moins damée. Au vu des conditions, je me dis que les cantonniers vont sévèrement bosser durant la nuit pour rendre le goudron utilisable. J'ai oublié que les cantonniers n'existent plus…
Retour place Denfert Rochereau. Photo souvenir, je n’ai plus vu Paris aussi blanc depuis 1987. Les Parisiennes en collant et parapluie sous la neige sont toujours aussi charmantes. I love Paris so much.



Fin d’après-midi tranquille avec Matthias sans accès à mes mails. Dîner dans un resto chinois : pas cher et surtout pratique pour moi qui compose un plat correspond à ce que mon estomac demande pour l’épreuve du lendemain. Je mets l’accent sur la variété : poulet grillé, poulet macéré, beignets de poulet et poulet … tandoori. C’est indien, ça, non ?
Coucher dès 21h30, histoire d’être en forme le lendemain, la migraine ne m’ayant pas épargné de la journée.

Dimanche matin, lever 06h30. Oufti! C’est que la neige est tombée toute la nuit !!! Je loge dans le sud de Paris, A86 et A118 absolument ni dégagées ni salées : c'est sport. C'est bon ça parce que ça échauffe bien les sens pour le 10 km !
Arrivé sur place à 08h30 rue Mouton Duvernet pour entamer mon échauffement, je remarque une absence de coureurs en phase d'échauffement et ... une certaine présence de neige. Près de dix centimètres. Course annulée. Un mail d’infos a été adressé à 21h31 la veille. Deux-trois participants râlent. Quel besoin ?



Détour dans une brasserie avec Matthias histoire de se réchauffer autour d’un chocolat et d’un café. Et retour vers le sud de Paris pour un petit footing de 8 km dans les collines de Châtenay-Malabry. Sympa. Quoique très glissant. Pas un chat sur les routes. C'est cool qu'un footing au beau milieu des rues enneigées ! Petite course avec une Mercedes dans une côte de 150 m dans une avenue Roger Salengro bien glacée. Verdict : 50 m d'avance. Pour moi.
Conclusion : une paire d’ASICS à 120 euros est bien plus efficace sur la neige qu'une Merco à 43.000 euros. Fut-elle gris métallisé.

A midi, le champagne (que Matthias a prévu pour fêter ma course) et le cassoulet (que j’ai préparé l’avant-veille pour mon hôte) sont engloutis avec un grand plaisir.

Bref : j'ai couru les 10 km de Paris 14e. 


Opération visas

Vendredi 21 décembre 2012. Etape importante : j'ai fini de tracer les tracés généraux à travers les pays visités. La phase la plus complexe débute : l'obtention des visas. 
A cette heure, j'ai besoin de quatre visas : un pour la Russie à entrées multiples, un pour le Kazakhstan, un pour le Turkménistan et un pour l'Ouzbékistan. Le plus complexe est assurément celui qui doit m'ouvrir les portes du Turkménistan. A ce jour, je n'ai jamais vu, lu ou entendu parler de quelqu'un qui aurait obtenu un visa de plus de 5 jours délivré plus de 3 mois avant son entrée sur le territoire (hormis bien sûr pour ceux qui y vont travailler). Je demande un visa de 42 jours délivré 10 mois avant l'entrée sur le territoire. Bon, certaines fois dans la vie, il faut y croire !


2 mai 2013

Mon premier 16 km


Dimanche 16 décembre 2012. Voilà, les choses sérieuses commencent. Fini les "petits" 10 km, je me suis inscrit au marathon de Paris 2013, soit 29 ans après ma première participation. Sous le regard dubitatif de mon hématologue qui reste surpris de ma capacité à enchaîner les sorties en course à pied. Bon, je ne lui ai pas encore dit que j'envisage de participer aux 100 km de Millau en septembre 2013 ... Une épreuve qui me fait rêver depuis que j'ai découvert son existence à la fin des années 80. 
Participer au MDP 2013, cela nécessite quand même quelques entraînements, et ce d'autant qu'il y a à peine six mois entre ma reprise de la course à pied et l'épreuve en elle-même. Quatre-vingt dix sorties au programme. Ce dimanche, c'est mon premier 16 km. Objectif n°1 : développer l'endurance et la régularité. Ce qui nécessite une cartographie précise pour un chronométrage efficace.



1 mai 2013

Vigie immobile

Dés juin 2012, j'ai placé mon périple sous le signe des bornes qui jalonnaient autrefois les chemins. Il y a un endroit où elles n'ont pas complètement disparu. Celle-là, de même qu'une grande partie de ses collègues, reste la vigie immobile du passage des piétons, joggeurs et pêcheurs le long du canal de la Somme.


Au hasard de mes pas : les Hortillonages


Jeudi 29 novembre 2012, neuf heures et quatre minutes. Je sors de la gare d’Amiens. Le train 48612 en provenance de Laon me débarque pour un rendez-vous qui n’aura lieu que dans quatre heures. Comment meubler tout ce temps ? J’ai remarqué que, pas très loin du centre-ville, à l’est de la cité, il existe un chemin le long de la Somme, nommé "chemin de halage". Je ne m’attends bien sûr pas à y voir des chevaux attelés à des péniches, mais le nom me plaît bien avec un petit côté désuet charmeur. Il fait très gris, pluvieux même malgré des prévisions météorologiques annonçant de rares averses. Evidemment, ce n’est pas un temps à faire du tourisme et je n’ai pas l’esprit à découvrir une ville qu’il me semble déjà bien connaître et que j’ai d’ailleurs toujours trouvée fade. Sous le gris, la compagnie de la rivière me paraît préférable pour consumer quelques heures.

Première surprise, la Somme est un ruisseau. Ou presque. Je ne sais d’où me vient cette idée, mais j’imaginais la Somme comme une "vraie" rivière. Pas un filet d’eau d’à peine vingt mètres de large. Seconde surprise, les prévisions de Météo-France sont totalement erronées. Il pleut vraiment, il fait froid. C’est l’occasion de tester le poncho acheté il y a quatre mois et jamais vraiment essayé. J’ai des chaussures de marche, mon appareil photo ; malgré le froid et la pluie je pars donc pour une promenade de plusieurs heures le long de la Somme. Et c’est là qu’apparaît la troisième surprise. Le chemin de halage me mène droit au cœur des hortillonnages, un lieu dont tout habitant de Picardie entend régulièrement parler dans les revues mensuelles du Conseil Régional et du Conseil Général. Des textes que j’avoue n’avoir jamais lus. Pour moi, hortillons rime avec folklore maraîcher. Finalement, le hasard de mes pas fait bien les choses : je vais pouvoir vérifier si mon ressenti correspond à la réalité.



Dès les premiers hectomètres, le chemin mène à une autre vie. Trop étroit pour être utilisé comme voie de circulation, il est l’apanage des joggeurs et du temps qui passe. Entretenu juste ce qu’il faut pour les quelques riverains qui l’utilisent, il est surtout à mes yeux l’image de la "vraie" vie, loin de celles des enseignes formatées que l’on rencontre dans toutes les villes d’Europe, loin de ces terrasses de café où l’on s’affiche avant de consommer, loin du bruit de la circulation et de toute vie trépidante. Là, c’est le domaine des arrières cours où s’entassent de savants fatras dont seul le propriétaire connaît –peut-être– le mode d’emploi ; fatras d’où émerge parfois une antenne satellitaire maculée de … vert-de-gris. L’image me fait sourire : elle me donne l’impression d’être un archéologue qui découvre des vestiges du XXe siècle !
C’est aussi un monde particulier où deux inconnus se saluent, à l’image de cette grand-mère autant voûtée par le poids des ans que penchée pour résister aux bourrasques de vent humide, un cabas d’un autre temps à la main et un parapluie grisonnant dans l’autre, et qui me salue d’un vigoureux « Bonjour Monsieur ! » comme si j’étais son voisin de champ. Même salut de la part d’un vieux monsieur arc-bouté à sa bêche dans son jardin. Saluts impossibles au cœur de la ville mais bien réels dès que l’on s’en écarte. Cela donne subitement l’impression d’avancer en terre connue.



Ce qui me surprend le plus, ce sont cependant les dizaines de passerelles qui surplombent un ru (que l’on nomme ici "rieu") qui longe le chemin, à l’opposé de la Somme. Il y en a de toutes formes, de toutes tailles et de tous matériaux. Arrondies en bois ou très carrées en pierres, légères en acier et rescapées d’un conte de la Belle au Bois Dormant ou brutes en béton tels des vestiges de blockhaus, certaines portent même dans leur conception la poésie d’un poème de Nerval. Le plus souvent gracieuses et légères, ces passerelles enjambent le fossé qui longe le chemin de halage pour permettre l'accès aux parcelles adjacentes. Les plus anciennes datent du XIXème siècle. Quelles soient en bois ou en fer forgé, elles sont souvent ornementées de volutes et autres éléments décoratifs, limites entre le chemin public et le domaine privé. Des grilles latérales encadrent souvent les portes pour repousser tout visiteur indésirable. Le plus marquant, c'est leur hauteur au-dessus du ru, ce qui leur donne un aspect de pont vénitien. Elles sont conçues pour les règles de la circulation sur l'eau et au passage des barques, ce qui leur impose 1,80 mètre de tirant d'air. Avec l'usage croissant des voitures au XXe siècle, un nouveau type de passerelle a vu le jour. Ce sont de véritables ponts mobiles, en bois ou en métal, qui une fois rangés à l'intérieur de la parcelle, permettent la circulation des barques dans le rieu tout en servant de parking. Des barques qui, depuis des siècles, sont uniquement réalisées pour le besoin des hortillons, du nom donné aux maraîchers dès le XVe siècle. Elles sont à fond plat car le tirant d’eau ne dépasse parfois pas cinquante centimètres. Elles mesurent jusqu’à dix mètre de longueur et peuvent porter une tonne. Elles présentent la particularité de posséder des extrémités relevées et allongées dont la forme est étudiée pour pouvoir accoster sur les parcelles sans détériorer les berges, ce qui leur vaut le nom de barque à cornets. J’aurai bien aimé en croiser une, car dix mètres de long dans des rieux qui ne font parfois qu’un mètre de large, j’ai comme un doute.
Une tonne, c’est énorme pour transporter des légumes. C’est que ces barques ne servaient pas qu’à acheminer les récoltes aux marchés locaux. Comme tous les agriculteurs, les hortillons ont saisi l'intérêt de compléter leur terre en y incorporant des substances visant à en modifier la fertilité et la rendre plus agréable à travailler. Le fumier de cheval des écuries d'Amiens fut d’abord employé au XVIIIe siècle. Ce fumier étant plutôt utile comme fertilisant que comme amendement, les paysans se tournèrent vers le fumier provenant des cultures de champignons en carrière et plus particulièrement des restes sortis des carrières, celui que l’on nomme le fumier de corps de meule. Les champignonnières de l'Oise fournirent alors au XIXe siècle le fumier aux hortillons par chemin de fer. Le fumier arrivait en gare d'Amiens, d'où des camions partaient pour ravitailler les hortillons. Ils déposaient le fumier dans les deux ports à fumier. Chaque hortillon venait avec sa barque y récupérer sa portion pour l'acheminer vers ses aires, nom que les Picards donnent aux parcelles maraîchères. Aujourd’hui, les maraîchers ont abandonné le fumier pour la vase des canaux. Bon, c’est sûrement mieux pour les odeurs ! Hormis sa valeur nutritive, cette vase étalée au sol permet surtout d’en relever le niveau et de rendre les aires moins sujettes aux inondations.



Il n’y a cependant pas que les barques des maraîchers qui circulent sur ces rus. En effet de petites grues montées sur ponton flottant utilisent aussi ces petites voies d'eau. Elles servent à l’entretien. Avec 65 kilomètres de canaux et plus de 100 kilomètres de rives, l'entretien des hortillonnages est un véritable défi, la frontière entre terre et eau étant toujours difficile à maintenir. Certaines berges sont renforcées de planches et de tôles car l'érosion rôde, notamment en période de crue, remplissant les canaux de sédiments et de débris, envasant les canaux, le site redevenant alors marais, ce qu'il était il y a plus de 2000 ans. C’est probablement à l'époque gallo-romaine que l’on commença à aménager les marais pour créer des champs utilisables pour la culture maraîchère. La légende rapporte d’ailleurs que la cathédrale d’Amiens a été bâtie en 1220 sur un champ d’artichauts légué par un couple de maraîchers.
Cet entretien des cours d’eau a été très tôt réglementé car la survie des maraîchers en dépendait. Avant la Révolution française, les moines de l'abbaye voisine de Saint-Acheul assujettissaient les hortillons à curer et faucarder les cours d'eaux. Au XIXe siècle, les propriétaires ont pris en charge l'entretien des fossés et des étangs et ils se sont regroupés en association syndicale pour assurer celui des canaux d'usage public. Organisation toujours en vigueur de nos jours. Avec toutefois quelque laisser-aller car je découvre des rieux en fort mauvais état, voire avec parfois des barques à demi immergées. Peut-être est-ce qu’en hiver l’entretien n’est pas aussi régulier qu’au printemps ?



Evidemment, c’est quand les choses commencent à devenir intéressantes que le temps manque. Malgré le temps exécrable, je trouve les lieux très photogéniques. Et ce ne sont pas de quelques heures dont j’aurai besoin, mais au moins de deux jours ! De nombreux panonceaux rappellent régulièrement l’histoire des lieux : la batellerie, l’inspiration des poètes et peintres, un vestige romain, la chasse aux gibiers d’eau, la marée (la vente des produits maraîchers au centre d’Amiens) ou les guinguettes. Et de savoir qu’aujourd'hui, à cause de l'extension urbaine, il ne reste plus que 300 des 10.000 hectares d'origine, ne me console guère. Un millier de personnes vivaient de la culture maraîchère des hortillonnages en 1906. Il n'en reste qu'une dizaine aujourd’hui. J’ai la chance d’en découvrir un, dont l’aire est cultivée en cette fin novembre d’herbacées semblables à de minis palmiers, de poireaux et de trois variétés de choux.
Ces dix maraîchers n’exploitent plus que 25 hectares, le reste des hortillonnages s'étant progressivement transformé en terrains de loisirs et de résidences secondaires, ainsi qu'en friches qui sont occupées par de nombreuses espèces sauvages qui y nichent, s'y reproduisent ou s'y nourrissent, ce qui en fait un espace d'une grande richesse écologique. D’ailleurs l'UNESCO envisage leur classement comme site d'intérêt mondial. Les poules d’eau qui y pullulent n’ont pas attendu la décision de l’UNESCO pour trouver quelque intérêt à ces lieux !



L’heure tourne, il faut penser au chemin du retour. Il pleut toujours de temps à autre. En sus, il y a maintenant du vent. Toujours quelques joggeurs, autant féminins que masculins.
Trois rencontres particulières viennent ponctuer ce retour vers Amiens. D’abord un promeneur qui à ma hauteur bougonne « Un ancien militaire ! ». Comme nous ne sommes que tous les deux à cet instant sur le chemin, je prends cette phrase pour moi et j’en déduis que l’homme s’en réfère à mes chaussures de marche, un modèle en cuir et GoreTex en usage dans la Gendarmerie Nationale et qui me permet d’enfiler des kilomètres sans devoir offrir un aspect de randonneur pour mon rendez-vous de l’après-midi. Mon pantalon est certes noir, mais il n’a rien de militaire. Ni de gendarme non plus. J’hésite à lui répondre « Ni ancien, ni militaire ! » mais ne sachant interpréter si l’auteur de la remarque est antimilitaire ou que lui-même, ancien militaire, souhaite engager la conversation, je poursuis mon chemin en silence. 
C’est la première fois en 1200 kilomètres que je croise quelqu’un sans le saluer. Phrase surprenante tout de même ! En mon for intérieur, je pense « Drôle de personnage ! ». Je ne peux m’empêcher de sourire en songeant aux nèpes (des scorpions d'eau) et aux notonectes (des insectes qui nagent sur le dos) qui vivent dans les étangs alentours dont les noms sont tout aussi étonnants que la remarque entendue.

Ma seconde rencontre est plus bucolique. Un héron s’est posé auprès d’une passerelle de l’Ile aux Cygnes. Je trouve que c’est un beau thème photographique pour clore cette marche. Il est à quinze mètres de moi, mais sans téléobjectif, je dois tenter une approche de félin pour espérer une photo convenable. Facile à concevoir, autrement plus complexe à mettre en œuvre ! Même accroupi et vêtu de bleu marine et noir, je représente forcément une masse peu agréable pour un oiseau qui au mieux mesure vingt centimètres de tour de taille … Je dois donc me contenter de l’approcher à huit mètres seulement avant qu’il ne choisisse un vol qu’il doit penser salutaire. Étonnant cette fuite car aujourd’hui cygnes comme hérons ne sont plus chassés depuis bien longtemps. Ou alors était-ce un très vieux, mais alors très vieux héron qui se souvient du temps où les lieux où il venait nicher étaient l'objet, chaque premier mardi d'août, d'une chasse très particulière.
En effet, entre Corbie et Amiens, cygnes et hérons appartenaient aux religieux et seigneurs qui exerçaient leur juridiction sur la rivière et auxquels la chasse était réservée. Cette chasse se déroulait un peu comme nos actuelles chasses avec rabatteurs. Les baillis des seigneurs et religieux, de même que les officiers de justice, rabattaient les cygnes en bateaux, vers des endroits proche du village. A une période de l’année où les jeunes ne savent pas encore voler. Les oiseaux étaient repoussés vers cette île aux Cygnes où je me trouve. Île que les gens du coin surnommaient "la Serinyne". Les petits étaient attrapés, marqués au bec du sceau de leur propriétaire, puis relâchés. Les adultes étaient ensuite tirés à l'arc. Le cygne était alors un mets très apprécié. Jusqu'à la Révolution Française, précisément jusqu'en 1786, il était d'usage d'offrir aux souverains de passage à Amiens de deux à quatre cygnes. La dernière chasse eut lieu le 5 août 1804. Peut-être mon héron de rencontre s'en souvient-il ?



La troisième rencontre est à la fois drôle et anecdotique. Au bord du chemin, un panonceau indique : « La perspective sur la cathédrale permet de mesurer l'ampleur du plus vaste édifice gothique jamais construit au XIIIe siècle. » Ma photo offre une toute autre vision : un immeuble en construction vient totalement dénaturer la vue offerte aux promeneurs un siècle plus tôt sur un édifice qui culmine à 112,70 mètres ! Dommage. Ainsi va le modernisme. Cela ne se voit pas d’où je suis, mais cette cathédrale présente une particularité. Sa flèche est en bois recouvert de plomb. Elle remplace l'ancien clocher détruit par la foudre en 1528.
Dommage aussi que je manque de temps pour m'y rendre. J'ai lu qu'un labyrinthe de faïence tracé au sol en 1220 avait pour but, en suivant son parcours, de remplacer le pèlerinage à Jérusalem ou à Saint-Jacques de Compostelle pour ceux qui ne pouvaient le faire. J'aurai pu ainsi dans la même journée découvrir les hortillonnages et accomplir les deux pèlerinages !



Midi quarante-cinq. J’ai choisi un café situé hors du centre. Je préfère les cafés qui ont une âme et pour moi les usines à café de centre-ville ont perdu toute âme depuis bien longtemps. Je commande un croque-monsieur et un café. C’est surtout l’occasion de rapidement rédiger quelques notes avant que le temps n’altère les détails de ma randonnée.
A ce moment, un timide rayon de soleil vient éclairer un présentoir en carton qui contient des bulletins de la Française des Jeux. C’est le mot "bonus" qui attire mon regard. Malgré la pluie, les nuages et le froid, ma découverte du matin n’a été que "bonus". Et les heures qui promettaient d’être longues sont passées comme sont passés les nuages pluvieux au-dessus de la capitale picarde.


30 avril 2013

Scouiche-scouiche, ploc-ploc, ...


Dimanche 17 novembre 2012. Scouiche-scouiche, ploc-ploc, ... j’ai couru les 10 km de l’Espoir à Meudon.

Il est des petites choses insignifiantes qui l’air de rien vous pourrissent facilement une ambiance. Ce matin de dimanche au buffet du petit-déjeuner de l’hôtel IBIS Budget d’Issy-les-Moulineaux, la petite chose a pris la forme d’un liquide orangé. En l’occurrence du jus d’orange. Je le trouve un peu acide. Bon, j’aurai dû anticiper qu’un jus d’orange qui sort d’une machine, ce n’est pas peut être pas le summum qualitatif. Surtout, j’aurai dû me rappeler ce qui est martelé dans tous les bouquins de conseils de course à pied : ne jamais varier son alimentation le matin d’une course. Or je ne bois jamais de jus d’orange avant de courir. Erreur n°1.
La course est à 10h45. Avec Thibault, nous entamons le petit-déjeuner à 08h10. Depuis deux mois que j’ai repris la course à pied, je m’attache à laisser trois heures entre la fin de mon déjeuner et un entraînement. Là, ce sera pas même deux heures. Erreur n°2.
Pour une raison mal identifiable, je suis tendu. Stressé. Le parcours sur le site de l’organisateur ne correspond que partiellement à la réalité. La côte, certes courte, 200 m environ mais bien prononcée, démarre après une épingle en descente qui coupe tout élan. C’est plat. Certes  ... si l’on oublie quelques faux plats ou passages sous ponts qui nécessitent plusieurs relances. Deux passages sur les pavés : pas l’idéal quand il pleut. Or il pleut sans discontinuer depuis le milieu de la nuit. Et parfois à très fortes gouttes.
Résultat, sans vraiment en avoir pris conscience, je viens de débuter une équation dont le résultat n’est pas idéal : (erreur n°1 + erreur n°2) x tension = digestion difficile. Je n’ai pas encore pris le départ que déjà je me suis compliqué la tâche !

Matthias passe nous prendre en voiture. C’est mieux pour Thibault qui voyage avec trois bagages. J’ai imaginé faire les 1600 mètres de l’hôtel au départ de la course en mode jogging pour me préparer, mais ... ce sont 1600 mètres en montée. L’auto de Matthias est alors assurément la bienvenue.
Sur place, parmi les premiers concurrents, il pleut, il pleut et il pleut. C’est un peu format cloaque. Parapluie pour Matthias et coupe-vent imperméables pour Thibault et moi. Depuis la veille, pour faire un peu baisser la pression, j’ai choisi d’être avec un appareil photo et un carnet de notes pour tester la réalisation d’une forme de reportage que je compte utiliser en 2014. Rien de mieux que les événements en réel pour de vrais tests ! Et puis, ça m’occupe l’esprit. Au micro de l’organisation, le speaker parle de l’Observatoire de Meudon dont le château est à peine à 250 mètres du lieu du départ : « L’Observatoire de Paris-Meudon est le plus grand pôle national de recherche en astronomie. Trente pour cent des astronomes français y poursuivent leurs recherches au sein de sept laboratoires ... ». Je trouve sympathique ce mode "culture générale" à l’occasion d’un événement sportif. Pas sûr cependant que tous les concurrents y prêtent attention.

A 10h10, l’organisation gonfle l’arche d’arrivée tandis que les premiers concurrents de la course de 5 km en terminent. C’est vraiment ric-rac comme timing ! Avec Thibault, nous nous lançons pour un petit jogging d’échauffement. Scouiche-scouiche, ploc-ploc, le gazon du parc est totalement détrempé et ce n’est pas mieux du côté des allées. Aussi, très rapidement, nous choisissons les rues adjacentes. C’est fort vallonné, mais c’est goudronné. Et sous la pluie, c’est tout de même mieux. Température de 8°. Question difficile : faut-il courir l’épreuve avec le coupe-vent imperméable ou non ? ... La pluie et le froid nous laissent circonspects. Finalement, nous décidons de faire sans. De mon côté, j’ai peur d’avoir trop chaud et d’en souffrir. Je m’attendais à une course sur le plat or le repérage fait la veille au soir avec Matthias et Thibault ne va pas totalement en ce sens. Je pense que c’est suffisant comme handicap. D’autre part, je me suis tracé des repères intermédiaires pour courir en contrôlant mon avancée afin d’être sur les bases du bien-être "médical" mais le plan du web étant faux, mes repères le sont aussi. Ma préparation chronométrique est vraiment inutile : nous courrons dans le sens inversé du schéma présenté ! De plus, l’organisation n’a pas matérialisé les premiers kilomètres. Ce qui implique que je dois courir au feeling. J’avoue que je n’aime pas ça. Pas ça du tout. Je le sens mal. Ça ne plaît semble t’il pas non plus à mon estomac.

Avec la pluie et ces 8 degrés, difficile de bien rester chaud dans ces conditions. Thibault, dans sa bulle de concentration, fait quelques élongations des jambes tandis que je m’impatiente. Les concurrents commencent à s’agglutiner sur la ligne de départ, une bande blanche au sol sur un chemin de terre. Nous laissons nos protections pluie à Matthias, toujours stoïque sous son parapluie. Les rangs se rapprochent. « Histoire de se tenir chaud, on peut se resserrer, non ? » demande t’il ? Alors on se resserre un peu. De toutes façons, ça pousse derrière, même si nous avons choisi de partir dans le dernier quart des concurrents.

Coup de pistolet. Départ en masse, dans la boue donc, en fin d’un peloton d’environ 400 coureurs. Certains sont en tenue allégée. En général, ils sont devant. Visiblement, les plus rapides du peloton. Énormément de personnes, près d’une sur deux, porte un coupe vent ou une protection imperméable. Ai-je fait le bon choix ? Il ne cesse de pleuvoir ...
Passage de la ligne de départ 12" après les premiers et quelques piétinements. Avec Thibault, nous évitons les premières flaques et giclées de boue. Enfin presque. Le début de parcours tracé dans le parc de l’Observatoire n’est pas franchement un terrain pour plusieurs centaines de coureurs. Au bout de 400 mètres, c’est quasiment un parcours de cross ! Pas vraiment la possibilité de profiter de la terrasse qui porte vers la Tour Eiffel : non seulement la pluie bouche l’horizon mais les yeux sont accaparés par la nécessité d’éviter flaques et bourbiers en pagaille. Pour Thibault, c’est raté, le pied droit a déjà terminé dans une flaque. Le peloton n’est plus qu’un gigantesque salmigondis de ploutch, ploc, scouiche et splatch humides. Aux 800 mètres, le virage est allègrement coupé par la quasi-totalité des coureurs. Comme c’est synonyme de traversée herbeuse, donc glissante, je préfère rester sur ce qui fait office de chemin. Certes, dans l’aventure, je dois perdre 25 places. 

Courte descente goudronnée après 80 m de pavés bien glissants eux-mêmes en descente. Ouf, enfin du goudron ! Epingle, puis relance sur une côte qui fait qu’avec Thibault nous reprenons une quinzaine de coureurs. Au sommet, il faut relancer. C’est difficile. Nous passons à nouveau une petite dizaine de coureurs qui ont eu du mal dans la côte. Aucune repère kilométrique, seul mon chrono égrène les minutes. Déjà 12 minutes depuis le coup de pistolet. A priori, les deux bornes sont passées. Enfin, je l’espère ! Dans une grande ligne droite en sous-bois, nous jouons les Pacman avec Thibault en repassant une dizaine de concurrents. Mon rythme respiratoire est élevé, Thibault le remarque aussi et ça m’inquiète parce que je suis incapable de dire sur quel rythme je progresse.
Thibault est grand, ça aide : il repère un panneau d’indication. Enfin ! Panneau 3 km. Et 17’24 au chrono. En pratique, je dois être à 17’45. Ce n’est pas grand-chose 21" de mieux, mais c’est 21" de trop. D’autant que la montée à la fin du premier kilomètre aurait sérieusement dû me ralentir. Je comprends mieux ma respiration à la limite ! Thibault me demande si je souhaite lever un peu le pied, je préfère garder le rythme. Nous avons rattrapé un groupe de trois coureurs au rythme qui me plaît. L’homme du trio est fort bavard, ce qui indique qu’il court en toute décontraction. C’est plaisant, ça met un peu de bonne humeur sous la pluie.

Quatrième kilomètre. Mon chrono s’est arrêté du fait de la pluie qui déclenche les fonctions tactiles ... Pas terrible du tout pour gérer une progression en toute sérénité. Thibault indique que nous sommes grosso modo sous la minute par rapport à mon temps théorique : 23 minutes au lieu de 23’40. Malgré cette avance et les précautions du médecin, je choisis de garder la cadence du trio à qui nous collons aux basques. Nous dépassons trois coureurs. C’est bon pour l’orgueil ! Je n’arrive cependant pas à monter à la bonne température au niveau des jambes, impossible de baisser ma cadence respiratoire qui reste élevée, la digestion du petit-déjeuner me reste en travers de l’estomac, et pourtant malgré ces trois voyants au rouge, la course m’est plaisante. Nous quittons le goudron pour environ 300 mètres de scouiche-scouiche ploutch-ploutch qui finissent de végétaliser mes baskets, déjà mal en point après la section boueuse du départ.
En vigie bienveillante, Thibault annonce le ravito du 5ème kilomètre. Il est en forme et comme nous en avions convenu avant le départ, il choisit de passer la vitesse supérieure. Je le pense capable de flirter avec les 50 minutes, ce qui reste possible vu comment il est à l’aise depuis le départ. Pour moi, je décide de coller à mon trio en noir, mon objectif restant d’être légèrement sous la barre horaire.

Au ravito, mon trio, duquel je ne me suis pas séparé de plus de 3 mètres depuis plus de 2 kilomètres, se désolidarise un peu, l’homme sprintant pour collecter deux verres pour ses deux compagnes d’aventure. Thibault et moi snobons le ravitaillement. Thibault s’envole à 25 mètres du panneau 5 km. Pff ! ça aide d’avoir des grandes jambes et la jeunesse ! Cinq kilomètres, c’est aussi l’occasion de constater que le rythme n’a pas changé et que c’est maintenant plus d’une minute d’avance que je possède sur mon échéancier. Mon chrono n’aime toujours la pluie, je dois donc me contenter d’approximations à la minute. J’avoue que ça me tracasse un peu. Quand à mon petit déjeuner, il continue à faire le jogging dans mon ventre ...
Le passage après le poste de ravitaillement est un chemin de terre étroit en sous-bois sur près de 300 mètres. Bien imbibé, bien boueux, bien glissant. Il porte très mal son nom : route du Pont Blanc. Ce matin, c’est menu marron, beige caca et giclées de boues. Des bénévoles nous précisent que ça glisse. Ah tiens, je n’avais pas remarqué ! Heureusement, je suis devant mon trio. Du coup, ce sont eux qui se font un peu éclabousser, mais comme nous progressons au même rythme, je reste devant. Virage à droite aux 5300 mètres pour rejoindre une allée goudronnée. Une bénévole nous demande d’être très vigilant car ça glisse vraiment. Je privilégie la mince bande  de terre herbeuse et feuillue entre le fossé et le sentier, ça fait ploc-ploc et scouiche-scouiche, ça chercher l’adhérence, mais au final ça passe. L’épingle boueuse est court-circuitée et j’ai gagné trois places. De même que le trio qui m’a suivi. J’aimerai bien qu’il me repasse devant, histoire de me caler derrière eux, mais visiblement, nous sommes exactement sur le même rythme.
Immense ligne droite en sous-bois, parfois maculée de feuilles. Splouch-splouch, c’est le panneau 6 km. Repassage devant le ravito. Une bénévole k-wayisée couleur orange me tend un gobelet : « Non merci, Madame, je suis en mode chameau ! ». Malgré la pluie qui gêne la vision (pas terrible les lunettes quand on coure ...), le parcours est sympa. 
Moment creux dans la course, je pense à Morgane, retenue par son job au cœur de la nuit. J’imagine qu’elle, elle aurait pris le gobelet. Histoire de faire plaisir à son corps. Ou à la bénévole. C’est chiant ces rappels de police au cœur de la nuit, ça aurait été mieux qu’elle soit présente, ne serait-ce qu’histoire de vérifier que je suis toujours en état de parler. Difficile de parler seul : je ne veux pas passer pour un illuminé vis-à-vis du trio qui est collé à mes basques comme j’étais aux leurs mille mètres plus tôt. Et puis, cette épreuve, nous l’avons décidé à deux. Donc elle manque.

Trois coupe-vent fluo, deux rose et un orangé, se dandinent 50 mètres devant moi. Je me fixe l’objectif de les rattraper au panneau 8 kilomètres, mais ça ne le fait pas. Dans un très léger faux-plat avant un rond-point, j’essaye d’allonger, mais rien à faire : mon petit-déjeuner est aussi en mode jogging, mais sur un circuit différent du mien. C’est physiquement contrariant. Je trouve aussi que mes jambes ne sont toujours pas en température, c’est troublant. Une flèche noire me dépasse. Ça ressemble à Thibault, ça a la stature de Thibault, les couleurs de Thibault, mais non, c’est un ersatz. J’imagine qu’il a dû se réveiller à la bourre et prendre le départ de la même façon. A moins que ce ne soit un joggeur du dimanche qui joue le fanfaron devant ces misérables qui martèlent le goudron. Dans ma tête, je pense en souriant : « Viens donc courir les 10 kilomètres au lieu de te la jouer Usain Bolt ! ». Au rond-point de l’Etoile, il est arrêté, essoufflé. Finalement, c’est facile de rattraper les étoiles.

A 7500 mètres, passage sous la N118. Le trio qui était dans mon ombre depuis le ravito décide de reprendre la lumière et me repasse à l’occasion de la petite remontée pour sortir du tunnel. Passage très feuillu sur le goudron, c’est reparti en monde splouch-splouch, avec des variantes scouiche-scouiche. Sont-ce d’ailleurs les feuilles ou le fait que je sois totalement trempé puisqu’il pleut toujours ? Peu importe, ça reste des scouiche-scouiche sur plusieurs centaines de mètres. Ma respiration en mode "ça coince-ça coince" depuis le second kilomètre semble s’accélérer. A priori, ça va puisque je peux saluer de la voix les bénévoles qui veillent à chaque carrefour, mais je préfère lever le pied comme le préconise le docteur. Je me fais instantanément passer par deux concurrents et le trio s’éloigne, de même que les coupe-vent fluo. Ça me déplait, je n’ai pas perdu une place depuis le 4ème kilomètre ! Mais l’orgueil doit composer avec un estomac qui, pour une collation matinale mal goupillée, joue les pistes d’athlétisme en panne de records. Au panneau des 8 km, mon trio m’a pris 250 à 300 mètres. Rapide calcul : j’ai bien perdu 70 à 80 secondes dans ce passage.

En l’absence de tout chronométrage précis, je ne sais qu’une chose, c’est qu’à ma montre (qui avance) nous sommes partis à 10h51, je dois donc arriver à 10h50 si je veux parvenir à mon objectif. Au panneau 9 km, l’affichage passe à 10h43. C’est bon. Enfin, ça devrait être bon... Parce que le dénivelé final et les pavés ne l’entendent sûrement pas de cette façon. Bon, il a arrêté de pleuvoir, ça devrait le faire. Il y a beaucoup de monde derrière moi, mais devant, c’est désert. Le vide s’est fait avec les deux qui m’ont dépassé, le trio que je suivais et les coupe-vent fluos : ils sont largement à plus d’une minute. Pour éviter les innombrables ralentisseurs et un éventuel faux-pas, je cours sur la ligne blanche médiane. Loin devant, les coupe-vent fluos ont adopté la même stratégie. Sursaut d’orgueil : il y a bien 20 personnes à mes basques, ce n’est pas le moment de perdre une place !

Passage par l’épingle de la rue des Capucins, assurément plus agréable à aborder dans le sens descendant. Avec la vitesse prise dans la descente, j’élargis totalement le virage, histoire de ne pas perdre le rythme. Je me dis que c’est idiot : j’ai au moins dû rallonger de 12 mètres ! 
Dans la montée finale, Thibault vient à ma rencontre. C’est marrant ça : je savais qu’il le ferait. J’aurai fait de même. C’est d’ailleurs moralement très plaisant. Lui est en forme, encore capable de sprinter. Pas moi. D’ailleurs je n’ai jamais su. 



Passage par 50 mètres de pavés en montée, c’est assurément le moment le moins agréable du parcours. Splouch-splouch, cette fois, c’est certain, ce sont bien mes chaussures. Ligne d’arrivée ... sans panneau d’affichage de temps. Gloups ! J’aurai bien aimé un truc un peu plus précis que les estimées 59’45 de ma montre. Mon petit-déjeuner rate par contre la ligne d’arrivée et poursuit son mic-mac. Je choisis de poursuivre à petite foulée pendant quelques minutes. Mais c’est plouc-plouc et scouiche-scouiche assurés sur un gazon labouré et un chemin défoncé. Matthias est toujours là, stoïque sous son parapluie. J’ai toujours le chic pour entraîner mes copains dans des trucs galères !
Thibault pense avoir mis 51 mn. Aïe, il m’a quand même pris 1’40 par kilomètre depuis le ravito. Pffff ! Fais chier de vieillir quand même !

Passage par la case tente-ravitaillement de l’organisation. Un coca et une bouteille de 50 cl d’eau. Je n’ai pas soif, ce sera pour plus tard. Je délaisse aussi pommes et barres de céréales, mon estomac étant toujours en mode course effrénée. Hormis lui et des jambes que je ne sens toujours pas en température (étonnant, cela !), je suis en pleine forme. Trempé, boueux. Mais en forme. Thibault m’avoue qu’à l’arrivée la barrière fut la bienvenue pour lui : il a terminé en mode "à fond". C’est beau la jeunesse.

Publication des résultats en soirée. La pluie a frappé fort sur le peloton : 548 partants et 394 classés. Seulement ? La pluie a semble t’il joué quelques tours aux puces électroniques intégrées à nos dossards. Rayant du classement final plusieurs dizaines de coureurs. Dont Thibault. Seules les données informatiques de la photo prise par Matthias attestent qu’il a terminé 9 minutes devant moi.
Officiellement, je termine à 25’04 du premier. Avec les 12" en moins au départ, cela donne exactement 59’49 pour les 10 km. Le passage en creux du huitième kilomètre a failli m’être fatal ! Une Morgane termine une place devant moi ... mais ce n’est pas la bonne. Clin d’œil du destin pour une épreuve où elle fut donc un petit présente. A moins que la pluie n’ait été que la trace des larmes de son absence. Question pluie d’ailleurs, l’After Race le dimanche soir sera consacré au lessivage des baskets et des vêtements de course. Tout ne peut pas être parfait ...

Pour être complet, j’avoue que l’absence de Thibault dans les classements m’ennuie. Quand j’entraîne les copains dans des histoires, fussent-elles bien trempées, j’aime bien que tout soit parfait. Je contacte donc l’organisateur et le chronométreur pour en savoir plus.
La réponse viendra en début d’après-midi le lundi : 
« Beaucoup de coureurs ont dû rester chez eux compte tenu de la météo. J’ai signalé hier que j’avais beaucoup de doublons. On a attribué des dossards différents à des mêmes personnes. Il y a eu des mélanges de noms/dossards le matin. Pourquoi, comment je ne sais pas et çà ne me concerne pas. Ensuite plusieurs dossards sont ressortis en inconnu et donc éliminés du résultats avant que l’on puisse vérifier. Un souci dans les fichiers le matin et la veille ont donc occasionné le non traitement des puces à l’arrivée. Finalement en croisant les données et la vidéo d’arrivée, je suis en mesure de réintégrer ce matin quelque 35 personnes dont le dossard 472 dont vous me parlez ».
Pas tip-top comme organisation, mais bon, à 10 euros le prix d’engagement, le parcours sympa –si l’on met de côté la boue–, les collations à l’arrivée et la médaille, on ne va pas critiquer ! Surtout quand les erreurs sont rectifiées.

Effectivement, le nombre des classés passe bien à 427 et Thibault termine 180e en 51’10, soit 50’58 compte tenu du décalage au départ. La vache, il m’a quand même collé 1’44 au km sur les 5 dernières bornes !